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L’auteur, le vrai, l’authentique

Dans l’approche qui suit, je parle d’auteur, pas de machine à écrire programmée, puis essorée par les grandes maisons d’édition. D’ailleurs, je les plains. Oui, ils ont   réussi, mais au fond si appauvris que l’un d’eux, alors que je m’émerveillais de son succès et le questionnais sur son état d’âme, me fit un soir cette confidence : « plus j’écris, moins j’ai envie d’écrire ! » Tout simplement parce que son éditeur l’obligeait à écrire ce qui se vend et rien d’autre, donc toujours à peu près la même chose. Appauvrissement. 

Evidemment, il y a de grands auteurs dans de grandes maisons d’édition, mais ceci est une autre histoire.
Non, ce qui m’interpelle, moi, l’éditeur, c’est cet être humain totalement passionné et qui ne conçoit pas sa vie autrement que par l’écriture, quelque soit le genre ou le public auquel est destinée l’œuvre. Celui-là m’intéresse, parce qu’il ne triche pas. Tricher serait trahir le trésor qu’il possède en lui. Tricher serait mourir un peu. Au pétillement de son œil malicieux succèderait alors un regard terne, vidé de son énergie intime.
Car il s’agit bien là d’intimité. Il faut en être conscient, l’auteur se livre dans son livre. Alors, il faut marcher sur des œufs, alors il faut l’approcher avec du doigté (c’est une expression ancienne, aujourd’hui on dit « de la psychologie », c’est plus urbain). Doigté incontournable et certitude, quoi qu’on en dise, que l’on restera à l’extérieur de l’œuvre ; lire n’est qu’un simple regard sur une histoire d’amour qui ne nous appartient pas, celle qui relie l’auteur à ses lignes, ses personnages.
Plus nocturne que diurne, c’est quand l’agitation du jour retombe qu’il s’éveille, conscient alors d’être enfin lui-même. Tel L’albatros de Baudelaire, il déploie ses ailes et s’envole vers des contrées que lui seul est capable d’explorer. Son livre, c’est la collection de souvenirs et d’impressions qu’il rapporte de son voyage intérieur.      
Discret, il s’exprime rarement. N’allez pas croire qu’il manque de vocabulaire, bien au contraire, mais la bêtise du monde le fatigue tant qu’il reste coi. À tous les bavardages, il préfère la pénombre de son bureau et les touches silencieuses de son ordinateur. Heureusement, si vous réussissez à nouer le contact, à arriver vers lui avec toute la sincérité de votre être, alors son visage s’illumine. Il vous entraîne un peu plus loin, dans ses rêves, vers cette lumière qui lui est si personnelle et pour quelques instants vous partagez son aventure.
Même accompagné, il reste solitaire. Toute forme d’association le barbe. Sa solitude demeure présente à chaque pas, même lorsque son œuvre est accomplie. C’est là une véritable fragilité et c’est pourquoi certains éditeurs, véritables hyènes en quête du gibier isolé du troupeau, le guettent et en font leur proie. Mais ceci concernera un prochain billet... 

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